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Quel est le fondement de ma démarche artistique ?
Ce qui me caractérise sans doute le plus est la soif de comprendre. Aussi j’ai été aiguillé vers une filière scientifique, là où l’on cherche à
théoriser les observations que nous pouvons faire du monde. C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé les 30 premières années de ma vie.
Néanmoins, l’envie d’exprimer ma créativité m’a fait choisir la voie de l’ingénierie à celle de la recherche fondamentale. Lors de mes dix années
passées dans l’industrie automobile, mon désir de compréhension de la vie sociale m’a amené à prendre des responsabilités dans le syndicalisme.
En effet, venant d’un milieu modeste, mais avec un salaire de cadre supérieur, je voulais analyser les sources d’insatisfactions de mes pairs.
C’est en étudiant les dialogues entre salariés et direction que mon souci d’humanisme s’est imposé. C’est, pour ainsi dire, par inadvertance que
rapidement je me suis intéressée à l’art par une pratique de la photographie créative. Étapes après étapes, je superpose dans mon œuvre mes
différents centres d’intérêts: ingénierie, photographie, sciences, sociologie, épistémologie… L’ouverture à la culture, qui est alors pour moi
un nouvel univers, me révèle une richesse alternative et surtout intellectuellement infinie. Une question s’impose alors en moi: «pourquoi
m’y suis-je intéressé si tardivement ?» Il suffit de vivre dans un monde, un milieu social où l’art n’est pas transmis. Lorsque l’on vit dans
un courant de pensée, il est difficile d’en prendre conscience pour s’en affranchir. J’ai délaissé l’art pendant 30 ans. Évoluant aujourd’hui
dans ce milieu, je m’interroge sur le nombre d’univers qu’il me reste encore à découvrir. Mais comment se libérer de nos chaînes invisibles ?
Les paradigmes hantent en toute discrétion nos esprits en nous empêchant de considérer toutes les options. Même un raisonnement scientifique
ne suffit pas à les vaincre car il ne peut rien contre une imagination bridée au moment de l’énumération des possibles. Aussi, je constitue
des analogies entre des sujets humanistes et scientifiques. Dans le domaine métaphorique, le carcan des courants de pensées disparait car non
transposé. J’essaye donc de développer des outils pour s’affranchir des courants de pensées. Il m’apparait alors le besoin de deux ingrédients
fondamentaux ; la puissance exploratrice de l’imagination, stimulée par la pratique de tous les arts, et la rigueur d’analyse de la science pour
étudier les postulats ainsi créés. En mêlant les différents champs de connaissances, ma volonté est de contribuer à un nouvel humanisme.
Quel est le rôle de la science dans ma démarche artistique ? Interroger le monde d’une manière nouvelle est le propre de l’art conceptuel.
La science quant à elle est une merveilleuse discipline permettant de réduire la probabilité qu’une théorie soit fausse. J’utilise cette
complémentarité afin de progresser dans mes recherches. Mais j’insiste sur le fait que la science ne peut rien, sans l’imagination nécessaire
à l’élaboration d’une théorie. Je braque mon attention sur des sujets qui sont à la limite de notre perception car trop rapides, trop lents,
trop petits, trop subtils ou même trop présents pour être remarqués. Toutes mes œuvres correspondent à une réalité physique indéniable. Mais
le questionnement de ce travail est bien celui de l’artiste: l’humanisme n’est pas le sujet des sciences aujourd’hui trop segmentées mais
celui des penseurs.
La synthèse différentielle
C’est en cherchant un moyen d’illustrer l’activité humaine que j’ai eu l’idée de la « synthèse différentielle». Je photographie un même lieu
deux fois. Je vais utiliser ici les mathématiques pour concrétiser ma vision. La chose à savoir est qu’en photographie numérique noir et blanc,
le noir est égal à la valeur zéro et le blanc est égal à la valeur 255. Lorsque je réunis les 2 images grâce à ma fonction de synthèse
différentielle, je les compare pixel par pixel. Je ne retiens alors que la valeur de la différence pour définir le résultat. Dans le cas
des images en couleur, chaque zone est définie en réalité par trois chiffres au lieu de un: un pour la quantité de rouge, un pour le vert
et un pour le bleu. La synthèse différentielle peut alors faire apparaître des couleurs avec un effet de négatif si un objet se déplace
sur un fond clair.
Ce procédé si simple accomplit pour moi un immense service: il rend visible aux yeux de tous ce que je perçois avec mon regard d’ingénieur
photographe. Ainsi par exemple, je peux montrer visuellement les sensations que je ressens lorsqu’un ouvrage d’art se déforme, ou encore,
je peux illustrer le constat que, bien que faite d’un acier rigide, une structure centenaire se dilate quotidiennement.
Au final, c’est la première série de photo réalisée en dehors du studio. Je recherche ainsi des preuves que la science permet de mieux comprendre
de nombreux phénomènes qui nous entourent, tel cet Arc de Triomphe qui se lézarde. La science est pour moi d’une beauté troublante. La simplicité
des lois mathématiques qui la compose provoque en moi systématiquement une interrogation philosophique: La nature obéit-elle pour autant aux
modèles que les hommes ont élaborés ? Si oui, que pouvons-nous en déduire ?
L’épistémologie, c’est à dire la science des connaissances, est donc omniprésente dans mon travail. En illustrant la beauté des faits
scientifiques dans notre univers quotidien, j’entame en réalité unequête mystique. Cette série n’est pas de l’infographie, ni une production
scénarisée. Ce travail transdisciplinaire se veut juste la preuve de mécanismes qui dépassent notre condition humaine.
Principales expositions personnelles
Alliances Françaises de Chine - itinérance dans 6 villes - juillet 2011/février 2012.
Galerie Images de Fer - Paris - 28 mars au 30 avril 2011.
Art park Pazzagli de Florence - Italie - juillet 2010.
Inauguration du Conseil Européen de l’Art - Paris - juin 2010.
200m² au Palais de la découverte - Paris - janvier/mai 2010.
Galerie Boris Vian - Beauvais - novembre 2009.
Grand Intercontinental Hôtel de Paris - Gala Arts et Métiers - juin 2009.
Galerie Artconsomart-e - Clermont - février/mars 2009.
Galerie Colorida, Lisbonne Portugal - permanent depuis février 2008.
Fête de la science 2008 et 2007 - municipalité d’Amiens, musée national Gadzarts de Liancourt, Estaca de Laval, municipalité de Sainte Geneviève.
Principales expositions collectives
Lille Art Fair - Lille - 24 au 27 mars 2011.
Concilio Europeo dell’Arte - Venise - octobre 2010.
Maison Européenne de la Photographie - Paris - décembre 2009.
Art en capital - Grand palais, Paris - novembre 2008.
Travaux réalisés
Conférencier en IUFM, Université et CNRS depuis 2010.
Consultant artistique et travaux de commandes depuis 2009.
Intervenant en milieu scolaire sur les liens art / science / photographie depuis 2008.
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